La Salle des Esclaves

LORSQUE la Belle s’éveilla, l’après-midi était fort avancé. Elle vit aussitôt que le Prince et Sire Grégoire vidaient un différend. Immédiatement, elle fut saisie de peur, mais tandis qu’elle se tenait sagement allongée, elle comprit que Sire Grégoire ne s’était pas ouvert au Prince de ce qu’il avait vu. Assurément, s’il l’avait fait, son châtiment eût été terrible. Bien plutôt, Sire Grégoire disputait seulement si la Belle devait être conduite à la Salle des esclaves pour y être toilettée, selon l’usage.
— Votre Altesse, vous êtes amoureux d’elle, naturellement, constatait Sire Grégoire, mais vous vous souvenez certainement de votre propre interdiction faite aux autres Seigneurs, et en particulier à votre cousin, Sire Etienne, touchant à l’amour excessif qu’il portait à son esclave…
— Il s’agit bien d’amour excessif, répliqua sèchement le Prince, mais dans l’instant il s’interrompit, car Sire Grégoire avait touché sans doute à une vérité. Peut-être devriez-vous l’emmener à la Salle des esclaves, murmura-t-il, ne fût-ce que pour une journée.
Des que Sire Grégoire l’eut fait sortir de la chambre, il décrocha le battoir attaché à sa ceinture pour lui infliger plusieurs fessées cruelles, tandis qu’elle se pressait à quatre pattes devant lui.
— Gardez les yeux et la tête baissés, lui intima-t-il froidement, et levez les genoux avec grâce. En toutes circonstances, votre dos doit décrire une ligne droite et vous ne devez pas porter le regard de côté, est-ce clair ?
— Oui, mon Seigneur, répondit la Belle timidement.
Devant elle, elle pouvait découvrir une grande surface de pierre, et bien que les claques du battoir n’eussent pas été très fortes, elle s’en ressentit profondément. Ces coups-là ne provenaient pas de la main du Prince. Et il venait à peine de lui apparaître qu’elle était désormais sous le pouvoir de Sire Grégoire. Peut-être s’était-elle imaginé qu’il ne pourrait la frapper, qu’il n’en aurait pas l’autorisation, mais, à l’évidence, tel n’était pas le cas, et elle comprit qu’il pourrait révéler sa désobéissance au Prince alors qu’elle n’avait, et ne saurait certainement avoir, aucune latitude de se défendre.
— Plus vite. Vous devez toujours adopter une allure rapide, qui démontre votre désir de contenter les Seigneurs et les Dames, expliqua-t-il, et, une fois encore, s’abattit l’une de ces petites fessées sèches et dégradantes, qui lui parut tout à coup bien pire que d’autres, plus brutales.
Ils arrivèrent à un étroit seuil de porte, et la Belle découvrit devant elle une longue rampe incurvée. C’était très judicieux, car elle n’aurait pu descendre un escalier à quatre pattes, alors que là, elle pourrait suivre, ce qu’elle fit, incitée par le bout des bottes dont Sire Grégoire lui tâtait les flancs.
Il joua du battoir à plusieurs reprises, en sorte que lorsqu’ils eurent atteint la porte d’une vaste pièce à l’étage inférieur, ses fesses la cuisaient un peu.
Mais ce qui la frappa le plus, c’est qu’il y avait là des gens.
Dans le passage, à l’étage supérieur, elle n’avait vu personne. Et lorsqu’elle comprit qu’il y avait dans cette salle quantité de gens qui s’affairaient et se parlaient, elle fut tenaillée par la timidité.
À présent, on lui ordonnait de s’asseoir, dressée sur les talons, les mains croisées sur la nuque.
— Cette position sera toujours la vôtre lorsqu’on vous commandera le repos, expliqua Sire Grégoire, et vous garderez les yeux baissés.
Tout en obéissant à cet ordre, elle pouvait découvrir à quoi ressemblait cette salle. Sur trois côtés, de profonds abris étaient creusés dans les murs et, dans ces abris, sur des paillasses, dormaient de nombreux esclaves, hommes et femmes.
Mais elle ne vit pas le Prince Alexis.
Elle aperçut une belle fille à la chevelure noire, aux fesses très rondes, l’air très profondément endormie, et un jeune homme blond dont le dos paraissait harnaché, sans qu’elle pût l’affirmer, et d’autres encore, tous dans un état somnolent, si ce n’est assoupis.
Et puis il y avait disposées devant elle des rangées de tables en grand nombre, sur lesquelles des pots remplis d’eau bouillante exhalaient un parfum délicieux.
— C’est toujours ici que l’on vous baignera et que l’on vous pomponnera, annonça Sire Grégoire de la même voix froide, et lorsque le Prince aura dormi son soûl avec vous, comme si vous étiez son amour, vous dormirez ici vous aussi, toutes les fois qu’il n’aura aucun ordre particulier à vous donner. Votre valet se nomme Léon. Il prendra soin de vous dans les moindres détails, et vous lui témoignerez du même respect et de la même obéissance que vous témoignez à chacun.
La Belle découvrit le visage maigre d’un jeune homme, juste à côté de Sire Grégoire. Et comme elle s’approchait, Sire Grégoire claqua des doigts et lui intima de lui témoigner quelque marque de respect. Sur-le-champ, la Belle lui baisa les bottes.
— Vous devez ce même respect à la dernière des servantes d’arrière-cuisine, et si je devais déceler chez vous la moindre vanité, je vous punirais sévèrement. Je ne suis pas aussi… dirons-nous, impressionné par vous que peut l’être le Prince.
— Oui, mon Seigneur, répondit respectueusement la Belle.
Mais elle était en colère. Elle ne considérait pas avoir montré aucune vanité.
Mais la voix de Léon la calma aussitôt.
— Venez, ma chère, fit-il, s’accompagnant d’un geste bienveillant de la main sur sa cuisse, pour lui indiquer de le suivre.
Il lui sembla que Sire Grégoire s’éclipsait tandis que Léon la menait dans une alcôve enclose par un mur de brique, où une grande baignoire de bois lâchait des volutes de vapeur. La senteur des herbes était très prenante.
D’un geste, Léon lui fit signe de se redresser, et, lui saisissant les mains, les lui fit lever au-dessus de la tête et lui demanda de s’agenouiller dans la baignoire.
Elle y entra aussitôt et sentit l’eau délicieusement chaude monter presque jusqu’à son sexe. Léon lui enveloppa les cheveux au sommet du crâne, dans un anneau qu’il assujettit avec plusieurs épingles. Elle le voyait en pleine lumière à présent. Il était plus âgé que les autres Pages, mais tout aussi charmant, et ses yeux noisette étaient d’une gentillesse très avenante. Il lui demanda de tenir les mains croisées derrière la nuque, ajoutant qu’il allait lui faire une toilette complète, ce qui devrait lui être agréable.
— Êtes-vous très fatiguée ?
— Pas tellement, mon…
— « Mon Seigneur » pourra convenir, la rassura-t-il avec un sourire. Même le dernier des garçons d’écurie est ici votre Seigneur, Belle, rappela-t-il, et vous devez toujours répondre avec respect.
— Oui, mon Seigneur, chuchota-t-elle.
Il la baignait déjà, et l’eau chaude s’écoulant sur son corps lui fut délicieuse. Il lui savonna la nuque et les bras.
— Venez-vous de vous réveiller ?
— Oui, mon Seigneur.
— Je vois, mais vous devez être fatiguée de votre long voyage. Les premiers jours, les esclaves sont toujours surexcités. Ils ne se ressentent pas de leur épuisement, et ensuite ils dorment des heures durant. Vous le sentirez bientôt, et aussi vos jambes et vos bras vous feront mal. Je ne fais pas allusion aux punitions que vous avez subies. Je ne parle là que de votre fatigue. Lorsqu’elle surviendra, je vous masserai et je vous réconforterai.
Sa voix était si douce que la Belle se prit aussitôt de sympathie pour lui. Ses manches étaient roulées jusqu’aux coudes, ses bras couverts d’une toison blonde, et ses doigts avaient des mouvements très sûrs, tandis qu’il lui lavait les oreilles et le visage, en faisant attention de ne pas lui faire couler de savon dans les yeux.
— On vous a punie très sévèrement, n’est-ce pas ?
La Belle rougit.
Il rit doucement.
— C’est très bien, ma chère, je vois que vous apprenez déjà. Ne répondez jamais à semblable question. Cela pourrait être reçu comme une plainte. Chaque fois que l’on vous demandera si vous avez été trop punie ou si vous avez trop souffert, ou que l’on vous posera toute question de cet ordre, soyez assez avisée pour rougir.
Mais tout en lui parlant sur ce ton presque affectueux, il entreprit de lui laver les seins tout aussi calmement qu’il avait lavé le reste de son corps, et les rougeurs de la Belle se firent plus douloureuses. Elle sentit ses tétons durcir, et elle était sûre, quoiqu’elle ne devinât rien dans cette eau savonneuse, qu’il l’avait remarqué, tandis que ses mains ralentissaient un peu leurs mouvements, avant de pousser avec délicatesse jusqu’à l’intérieur des cuisses.
— Écartez les jambes, très chère.
Elle obéit, s’agenouillant jambes bien écartées, et encore un peu alors qu’il poussait plus avant. Il était plus tranquille, et voici que, séchant sa main contre la serviette accrochée à sa taille, il lui toucha le sexe, ce qui la fit frissonner.
Son sexe était humide et gonflé de désir, et, horrifiée, elle sentit la main de Léon toucher ce petit nœud durci sur lequel l’essentiel de son désir s’était concentré. Elle recula involontairement.
— Ah !
Il retira ses doigts, et, se retournant, appela Sire Grégoire.
— Une très jolie fleur, celle-ci, fit-il. Avez-vous remarqué ?
La Belle était écarlate. Ses yeux débordaient de larmes. Il lui fallut toute sa maîtrise d’elle-même pour ne pas relâcher les mains et s’en couvrir le sexe, alors même que Léon lui écartait encore plus largement les jambes et qu’il touchait l’humidité qu’elle avait là.
Sire Grégoire lâcha un rire discret.
— Oui, une Princesse vraiment remarquable. J’aurais dû mieux la surveiller.
La Belle eut un petit sanglot étouffé d’émotion et pourtant le désir qui la remuait entre ses jambes ne cessait pas, et son visage la démangeait tandis que Sire Grégoire s’adressait à elle.
— La plupart de nos petites Princesses sont trop effrayées les premiers jours pour montrer tant de désir de servir, Belle, expliqua-t-il de la même voix froide. Elles doivent être éveillées et éduquées. Mais je vois que vous êtes très passionnée et très énamourée de vos nouveaux maîtres et de tout ce qu’ils souhaitent vous apprendre.
La Belle se défendit contre ses propres larmes. Assurément, voilà qui était plus humiliant que tout ce qui lui était arrivé.
Maintenant Sire Grégoire lui prenait le menton comme le Prince avait pris celui du Prince Alexis, et la forçait à le regarder.
— Belle, il y a une grande vertu en vous. Vous n’avez aucune raison d’avoir honte. Cela signifie seulement que vous devez apprendre désormais une autre forme de discipline. Vous êtes attentive aux désirs de votre maître, comme il convient, mais vous devez apprendre à maîtriser ce désir tout comme les esclaves mâles s’y astreignent.
— Oui, mon Seigneur, chuchota la Belle.
Léon se retira et, un instant après, revint avec un petit plateau blanc sur lequel étaient disposés plusieurs menus objets que découvrit la Belle.
Mais, à sa grande frayeur, Sire Grégoire lui écarta les jambes et apposa sur ce petit grain de chair dure, en proie aux tourments, une sorte d’emplâtre qui le recouvrit et y adhéra. Il le modela prestement entre ses doigts, comme s’il souhaitait que la Belle ne pût jouir de tout ceci.
Et la Belle s’en trouva fort soulagée, car, eût-elle éprouvé ce plaisir ultime, eût-elle commencé de frissonner et de rougir avec la délivrance finale de ses tourments, qu’elle en aurait été absolument mortifiée.
Mais voici que ce petit emplâtre lui causait un nouveau tourment. Qu’est-ce que cela pouvait signifier ?
Il sembla que Sire Grégoire lut ses pensées.
— Ceci vous gardera de satisfaire trop aisément votre désir nouvellement découvert et si indiscipliné, Belle. Ceci ne le soulagera pas. Ceci évitera simplement, dirons-nous, toute délivrance accidentelle, jusqu’à ce que vous ayez acquis une véritable maîtrise de vous-même. Je n’avais pas songé à entamer cet enseignement détaillé aussi tôt, mais je dois maintenant vous indiquer que vous n’êtes pas autorisée à éprouver pleinement du plaisir, sauf suivant les caprices de votre maître ou de votre maîtresse. Jamais, jamais vous ne devez être surprise en train de toucher les parties intimes de votre corps de vos propres mains, ni d’essayer plus secrètement encore de soulager votre évidente détresse.
Des mots bien choisis, se dit la Belle, à la mesure de sa froideur à mon égard.
Mais il s’éclipsa aussitôt, et Léon reprit le bain.
— Ne soyez pas si effrayée et si honteuse, lui conseilla-t-il. Vous ne vous rendez pas compte quel grand avantage c’est. Se voir enseigner comment éprouver un tri plaisir est très ardu, et, plus encore, fort humiliant Votre passion vous épanouit d’une manière qui ne pourrait s’accomplir autrement.
La Belle pleurait doucement. Le petit emplâtre entre ses jambes la rendait encore plus consciente des sensations qui s’emparaient d’elle à cet endroit Et pourtant, la voix et les mains de Léon la réconfortaient.
Enfin, il lui annonça qu’elle devait s’allonger dans le bain pour qu’il lave ses longs et beaux cheveux. Elle laissa l’eau chaude se refermer sur elle et songea un moment à cette eau qui la recouvrait, ce qui lui fit beaucoup de bien.
Aussitôt qu’elle fut rincée et séchée, la Belle fut allongée sur l’une des couches proches, et sa figure apprêtée de manière que Léon pût faire pénétrer une huile aromatique dans la peau.
Cela lui fit un effet délicieux.
— Maintenant, reprit-il en lui massant les épaules, il est sûrement des questions que vous aimeriez me poser. Vous le pouvez, si vous le souhaitez. Il n’est pas bon que vous soyez inconsidérément déroutée par certaines choses. Vous avez assez de motifs de craintes sans vous livrer à des craintes imaginaires.
— Alors, je peux… vous parler ? s’enquit la Belle.
— Oui. Je suis votre valet. En un sens, je vous appartiens. Chaque esclave, quel que soit son rang, qu’il soit homme ou femme, qu’il plaise ou déplaise, dispose d’un valet, et ce valet est dévoué à cet esclave, aux besoins et aux souhaits de cet esclave, de même qu’il prépare cet esclave pour le maître. Bien sûr, il arrivera que je doive vous punir, non que j’y prenne plaisir, quoique je ne puisse rêver punir plus belle esclave que vous, mais parce que votre maître peut m’en donner l’ordre. Il peut me donner l’ordre de vous punir pour votre désobéissance, ou simplement de vous tenir prête à recevoir quelques-uns de ses coups. Mais je ne le ferai que parce que je le dois…
— Mais y prenez-vous… prenez-vous du plaisir ? demanda timidement la Belle.
— Il est difficile de résister à une beauté telle que la vôtre, admit-il, en faisant pénétrer l’huile à l’extérieur de ses bras et dans les ridules de ses épaules. Mais je préfère de beaucoup vous toiletter et prendre soin de vous.
Il reposa l’huile et frictionna de nouveau ses cheveux d’un mouvement brusque de sa serviette, après lui avoir ajusté l’oreiller sous la figure.
C’était si bon d’être étendue là, les mains de Léon s’affairant sur elle.
— Mais comme je vous le disais auparavant, vous pouvez me poser des questions quand je vous en donne latitude. Souvenez-vous, quand je vous en donne latitude, et je viens de le faire.
— Je ne sais que vous demander, chuchota-t-elle. Il y a tant…
— Eh bien, vous devez sûrement déjà savoir que tous les châtiments qui vous sont infligés ici le sont pour le plaisir de vos maîtres et maîtresses…
— Oui.
— Et que jamais l’on ne vous fera de mal. Vous ne serez jamais ni brûlée, ni blessée, assura-t-il.
— Ah, voilà qui me soulage fort, s’exclama la Belle, mais en vérité elle avait compris l’existence de ces bornes sans qu’on lui en fasse part. Et les autres esclaves, s’inquiéta-t-elle. Sont-ils ici pour des motifs divers ?
— Pour la plupart envoyés en guise de Tributs. Notre Reine est très puissante et commande à de nombreux alliés. Et naturellement, tous les Tributs sont bien nourris, bien gardés, bien traités, tout comme vous.
— Et … quel sort leur réserve-t-on ? insista la Belle, hésitante. Je veux dire, ils sont tous jeunes et…
— Ils sont renvoyés dans leur Royaume dès que la Reine en décide, et, selon toute évidence, dans une position très améliorée du fait des services rendus ici. Ils n’ont plus aucune vanité, ils sont capables d’une bien plus grande maîtrise, et souvent ils ont conçu une vision différente du monde, qui leur permet d’atteindre à une grande intelligence.
La Belle devinait à peine ce que cela pouvait signifier. Léon la massait en faisant pénétrer l’huile dans les mollets endoloris et dans la chair tendre du creux poplité. Elle se sentait brumeuse. Cette sensation devenait de plus en plus délicieuse, et elle y résistait à peine, peu désireuse de se laisser tourmenter par ce besoin qui sourdait entre ses jambes. Les doigts de Léon étaient forts, presque un peu trop, et ils en vinrent à ses cuisses, que le Prince avait fait rougir à coups de lanière, de même que ses mollets et ses fesses. Elle se laissa doucement glisser contre la couche douce et ferme. Ses pensées s’éclaircirent peu à peu.
— Alors je pourrais être renvoyée chez moi, demanda-t-elle, mais à ses yeux, cela ne voulait rien dire.
— Oui, mais vous ne devez jamais en faire état, et en tout cas ne jamais en faire la demande. Vous êtes la propriété de votre Prince. Vous êtes pleinement son esclave.
— Oui…, lâcha-t-elle dans un souffle.
— Et supplier que l’on vous relâche serait une chose terrible, poursuivit Léon. Toutefois, le moment venu, on vous renverra chez vous. Il existe différents accords selon les esclaves. Voyez-vous cette Princesse là-bas ?
Dans une grande cavité creusée dans le mur, sur un lit en forme d’abri, était couchée une fille à la chevelure sombre que la Belle avait remarquée. Sa peau avait la couleur de l’olive, d’une nuance plus soutenue que celle, brune elle aussi, du Prince Alexis, et ses cheveux étaient si longs qu’ils retombaient sur ses fesses en ondulations torsadées. Elle dormait le visage tourné vers la salle, la bouche légèrement ouverte contre l’oreiller plat.
— Bien, c’est la Princesse Eugénie, et, en vertu des accords passés, elle doit être de retour chez elle au bout de deux années. Son séjour ici est presque arrivé à son terme et son cœur en est brisé. Elle veut rester ici, à la condition que le prolongement de son esclavage préserve deux esclaves de venir ici. Son Royaume pourrait accepter ces conditions afin de pouvoir garder deux autres Princesses.
— Vous voulez dire qu’elle veut rester ?
— Oh oui, confirma Léon. Elle est folle de Sire Guillaume, le cousin aîné de la Reine, et elle ne supporte pas l’idée d’être renvoyée chez elle. Mais il en est d’autres qui se comportent encore comme des rebelles.
— Qui sont-ils ? demanda la Belle, mais avant qu’il pût répondre, elle ajouta vivement, tout en tâchant d’affecter un air d’indifférence : Le Prince Alexis est-il au nombre de ces rebelles ?
Elle sentit les mains de Léon descendre vers ses fesses, et voici que soudain tous ces endroits endoloris et ces zébrures de son corps furent ramenés à la vie par les attouchements de ses doigts. L’huile la brûla légèrement, alors que Léon en ajoutait généreusement quelques gouttes, puis les doigts puissants se mirent à travailler sa chair, sans égard pour ses rougeurs. La Belle eut quelques battements d’yeux, mais sa douleur même renfermait du plaisir. Elle sentit ses fesses moulées par ces mains, soulevées, écartées, puis de nouveau cajolées. Elle rougit à l’idée que c’était Léon qui lui faisait cela, lui qui s’était adressé à elle de manière tellement civilisée, et lorsque sa voix résonna de nouveau, elle ressentit une agitation d’une espèce inédite. Cela n’a pas de fin, se dit-elle, les voies de l’humiliation.
— Le Prince Alexis est le favori de la Reine, rappela Léon. La Reine ne peut supporter d’être longtemps séparée de lui, et bien qu’il soit un modèle de bonne tenue et de dévouement, il est, à sa manière, un rebelle incorrigible.
— Mais comment cela se peut-il ? s’étonna la Belle.
— Ah, vous devez soumettre votre esprit à l’idée de complaire aux Seigneurs et aux Dames, mais je dirais ceci : le Prince Alexis semble avoir abdiqué sa volonté comme le doit un bon esclave, mais il y a un noyau en son cœur que personne n’atteint.
La Belle fut envoûtée par cette réponse. Elle pensa au Prince Alexis à quatre pattes, à son dos puissant et à la courbe de ses fesses quand on l’avait fait aller et venir dans la chambre du Prince ; elle songea à la beauté de son visage. Un noyau en son cœur que personne n’atteint, se répéta-t-elle.
Mais Léon l’avait maintenant retournée, et quand elle le vit se pencher, si près d’elle, elle se sentit honteuse et ferma les yeux. Il faisait pénétrer l’huile dans la peau de son ventre et de ses jambes, qu’elle serra en essayant de se tourner sur le côté.
— Vous vous accoutumerez à mes soins, assura-t-il. Le temps viendra où vous ne songerez à rien d’autre qu’à vous faire pomponner.
Et il appuya fermement sur ses épaules pour les plaquer à la paillasse. Ses doigts agiles firent pénétrer l’huile dans la peau de sa gorge et de ses bras.
La Belle ouvrit prudemment les yeux pour le voir se consacrer à la tâche. Ses yeux pâles la parcouraient sans passion, mais avec une évidente concentration.
— Est-ce que vous… en retirez du plaisir ? chuchota-t-elle, et elle s’émut de s’entendre prononcer ces paroles.
Il versa un peu d’huile dans la paume de sa main gauche, et, reposant la bouteille à côté de lui, fit pénétrer l’huile dans la peau de ses seins, les soulevant et les pressant comme il l’avait fait de son derrière. Elle referma les yeux, se mordit la lèvre. Elle le sentit lui masser rudement les tétons. Elle laissa échapper un petit cri.
— Restez tranquille, ma chère, fit-il sans s’émouvoir. Vos tétons sont tendres et il faut un peu les aguerrir. Jusqu’à présent, vous n’avez été soumise qu’à de très menus exercices par votre maître tout transi d’amour.
La Belle s’en effraya. Ses tétons étaient durs à en être douloureux ; elle savait que son visage s’était assombri. C’était comme si toutes les sensations renfermées dans ses seins enflaient et refoulaient vers ces petits tétons durcis.
Miséricordieux, Léon laissa ses seins, non sans les presser durement une dernière fois. Puis il lui écarta les jambes et fit pénétrer l’huile à l’intérieur de ses cuisses, et ce fut encore pire. Elle put sentir son sexe palpiter. Elle se demanda s’il en émanait une chaleur qu’il aurait pu percevoir au creux de ses mains.
Elle espérait qu’il allait faire vite.
Étendue comme elle l’était, le visage pourpre, tremblante, il lui écarta un peu plus les jambes, et, avec horreur, elle le vit ouvrir les lèvres de son sexe avec ses doigts, comme pour l’examiner.
— Oh, je vous en prie…, murmura-t-elle, tournant la tête d’un côté, de l’autre, et ses yeux la piquaient.
— Allons, Belle, la réprimanda-t-il gentiment, vous ne devez jamais rien réclamer de personne, même pas de votre valet loyal et dévoué. Je dois vous examiner pour voir si vous avez la peau irritée, et, comme je le craignais, vous l’êtes. Votre Prince a été plutôt…attentif.
La Belle se mordit la lèvre et ferma les yeux tandis qu’il ouvrait un peu plus son orifice pour l’huiler. Elle se sentit comme ouverte, et, même protégée par son emplâtre, ce petit nœud de sensation palpitait au-dessus de l’ouverture béante que les doigts de Léon avaient élargie. S’il y touche, je meurs, se dit-elle, mais il veilla bien à n’en rien faire, même si elle sentait ses doigts qui la pénétraient, lui massaient les lèvres du vagin.
— Pauvre et chère esclave, lui chuchota-t-il avec compassion. Allons, asseyez-vous. Si je pouvais faire les choses à ma façon, je vous laisserais en repos. Mais Sire Grégoire veut vous faire découvrir le reste de la Salle d’Apprentissage et la Salle des Châtiments. Laissez-moi vite terminer votre coiffure.
Comme elle s’asseyait, toujours tremblante, les genoux relevés et la tête inclinée, il se mit à brosser la chevelure de la Belle et à l’arranger en boucles dans son dos.